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Femme des années 80
Titre: Bal Poussière
Réalisation et scénario: Henri Duparc
Production: Henri Duparc
Dates de sorties: 1988 (Côte d'Ivoire), 21 juin 1989(France)
Durée: 101 min
Dans un paisible village de la Côte d’Ivoire, « Demi-Dieu », la quarantaine, règne en maître, surnommé de la sorte parce qu’après Dieu notre Père, c’est lui l’homme le plus riche du village qui possède toutes les richesses de la région. Heureux époux de cinq femmes (une qui s’occupe de la famille, une qui entretient la concession, une qui fait la cuisine, une beauté qui remplit notre homme d’orgueil et une autre bien utile dans la chambre à coucher), ayant fait fortune grâce à son immense plantation d’ananas, Demi-Dieu coule des jours heureux dans son petit harem personnel… jusqu’au jour où il tombe amoureux de la jeune et jolie Binta qui vient de revenir au village pendant ses vacances scolaires.
Pêchant par orgueil, Demi-Dieu voit bien la jeune femme devenir sa sixième épouse (une pour chaque jour de la semaine, le dimanche étant réservé, soit au repos, soit à celle qui se sera le plus distinguée au lit pendant la semaine) et va lui faire une cour empressée. « Je te préfère vierge et ignorante plutôt qu’instruite : épouse-moi et je te donnerai tout ce que tu désires », lui dit-il, arrogant et sur de lui, proposant ensuite aux parents de la belle une dot très appréciable. Ce que Demi-Dieu ne sait pas encore c’est que Binta est une jeune femme éduquée, moderne et libérée, n’acceptant sa proposition de mariage que pour faire plaisir à ses parents désœuvrés.
Outre le fait d’accepter un mariage arrangé avec ce charmant rustre qu’est Demi-Dieu, Binta devra faire face à la compétition féroce de ses 5 « collègues » jalouses, divisant ainsi la splendide demeure de son époux en deux clans : les « robeuses », obéissantes et soumises (« Tous les hommes sont pareils, seule leur fortune fait la différence !») et les « pagneuses », apprenant sous l’égide révolutionnaire de Binta qu’une femme – croyez-le ou non - a le droit de choisir sa liberté ! Entre les deux clans s’engage une mini-guerre au milieu de laquelle Demi-Dieu, impuissant, va être la première victime. Notre, débonnaire coureur de jupons invétéré aura bien du fil à retordre avec cette jeune femme instruite qui ne rêve que de terminer ses études et qui va petit à petit s’empresser de mettre de l’ordre dans les mentalités figées. Ainsi, lors de leur nuit de noces, choqué d’apprendre que sa nouvelle épouse n’est plus vierge, Demi-Dieu lui explique qu’il va la « secouer un petit peu », mais s’entend rétorquer pour la première fois de sa vie un insolent « Quelqu’un t’a dit que j’étais un cocotier ? »
Comédie très légère, attachante et bon enfant, Bal Poussière traite un sujet aussi sensible que la polygamie sous couvert d’un humour inoffensif, ce qui en réduit malheureusement son impact, reléguant cette aimable potacherie au statut de film mineur. En effet, Demi-Dieu étant lui-même un personnage adorable et inoffensif, croyant dur comme fer que « tout homme qui se respecte se doit d’avoir plusieurs femmes », il est difficile dès lors de provoquer réellement le débat tant la polygamie semble ici vue uniquement sous le prisme de ses aspects les plus cocasses et humoristiques.
Reconnaissons cependant au film d’Henri Duparc un registre humoristique assez large, servi par d’excellents acteurs, abordant dans une série de petites vignettes et dans l’hilarité générale des sujets aussi divers que la préparation du coq au vin (consistant à saouler copieusement le fier animal), les aberrations de la traduction franco-anglaise concernant le « singe en boite » (plus connu chez nous sous le nom de « corned beef ») ou mieux encore, les arnaques de certains restaurateurs de la grande ville (Abidjan) qui tentent de refiler à leurs clients de très vieilles bouteilles de vin (un grand cru 1958 !) sans doute refusées par tant d’autres alors qu’ils en ont de toutes nouvelles dans leurs caves !… Des petites vignettes irrésistibles de drôlerie éparpillées dans un film qui a le mérite de ne jamais devenir moralisateur ni de se prendre au sérieux.
Rappelant dans son style visuel et musical typique des années 80 (les coiffures ! les synthétiseurs !) les comédies françaises à la Black Mic-Mac, Bal Poussière reste une œuvre mineure certes, légèrement obsolète et extrêmement naïve (ce qui fait en grande partie tout son charme), s’égarant un peu dans un final scénaristiquement paresseux mais néanmoins toujours très amusante et pertinente, féministe mais pas trop, simple et joyeuse.
Grand Prix et Prix de la Critique au défunt Festival International du Film d’Humour de Chamrousse en 1989, Bal Poussière est le film qui a assis durablement la réputation internationale du cinéaste Henri Duparc (1941-2006), un métisse franco-guinéen, ivoirien d’adoption et donc les longs métrages Mouna, le Rêve d’un Artiste (1969), Abusuan (1972) et L’Herbe Sauvage (1977) avaient déjà été primés dans divers festivals. Le succès international de son Bal Poussière lui vaudra de réaliser en 1990 Le Sixième Doigt, autre comédie bon enfant avec un casting prestigieux d’acteurs français chevronnés tels Jean Carmet et Patrick Chesnais.
Si une œuvre un peu plus définitive et moins oubliable reste à faire sur le sujet de la polygamie, le film de Henri Duparc n’en reste pas moins le témoin d’une époque où les mentalités avaient encore bien besoin, tel le cocotier, de se faire secouer.
Grégory Cavinato
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