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I am not your negro – rencontre avec Raoul Peck – 3/06/17

CEC et le collectif Mémoire Coloniale et Lutte contre les discriminations vous invitent à une projection spéciale suivie d’une rencontre et une discussion avec Raoul Peck, réalisateur du film « I am not your negro ».

OU ? : Au cinéma Vendôme, chaussée de Wavre 18, 1050 Bruxelles

QUAND ? : le 3 juin 2017 à 19h

Tarif unique : 8 euros

 

Soirée organisée avec le soutien de WBI    wbi-new-logo

 

Le film :

Essai pamphlétaire et poétique, le documentaire de Raoul Peck rend vivante la parole de l’écrivain James Baldwin en reprenant un de ses textes, laissé inachevé. Ce texte envisageait de raconter l’histoire de l’Amérique à travers trois figures de la lutte des droits civiques, chacun ayant été assassiné sur une période de cinq ans : Medgar Evers, Malcom X et Martin Luther King.

Désirant échapper à la ségrégation raciale, James Baldwin émigre en France en 1948. Quelques années plus tard, il éprouve le besoin de rentrer aux États-Unis pour s’engager lui aussi dans la mobilisation aux côtés de ces trois leaders, avec comme volonté première d’écrire l’histoire, d’en être son témoin.

Peck prend le relai de la pensée de Baldwin et se fait lui aussi témoin, en circulant à travers différentes temporalités qu’il superpose.

Les images d’archives retracent, par exemple, l’exploitation esclavagiste mais brandissent surtout les témoignages d’oppression et de résistance militante des années 50 à 70. Les conférences et interventions médiatiques de Baldwin alternent avec son texte, inédit, datant de 1979 et mis en voix par Samuel L. Jackson. Sa verve tranchante se mêle ensuite à d’autres images de violences, plus récentes, celles des agressions policières raciales de Ferguson et de Baltimore, en 2014 et 2015, ou bien à cette série de portraits d’enfants et d’adolescents tués ces 20 dernières années.

La problématique n’a pas pris une ride et c’en est terrifiant. Pour le réalisateur, chacune des phrases de l’écrivain est « une grenade dégoupillée ». La collision des mots et des images fait l’effet d’une gifle, elle réactualise le discours et réactive la nécessité et l’urgence d’un questionnement auquel Baldwin renvoie constamment : « Les blancs doivent chercher pourquoi, dans leur cœur, la figure du nègre leur était nécessaire. Je ne suis pas un nègre, je suis un homme. Je suis un nègre car vous en avez besoin. (…) Vous devez comprendre pourquoi. L’avenir du pays repose sur cette volonté d’y réfléchir. »

La réflexion de Baldwin est profondément incarnée : la personnalité de l’écrivain est omniprésente, de la puissance de son verbe à sa prestance physique. Son sourire en dit déjà bien long sur la réplique qu’il va faire claquer au nez de son interlocuteur, le renvoyant à son racisme ordinaire ou à son relativisme déplacé.

Ce qui est sûr, c’est que Je ne suis pas votre nègre ne nous laisse pas tranquille. Il nous secoue durablement en rendant entêtante l’une des dernières sentences de Baldwin : « On ne peut pas changer tout ce qu’on affronte, mais rien ne peut changer tant qu’on ne l’affronte pas ».

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